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 sonata moonlight ∆ wheelsky

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MessageSujet: sonata moonlight ∆ wheelsky   Sam 25 Jan - 12:18



sonata moonlight,
lune qui là haut s'allume, entends rugir le cœur de la bête humaine.



Tu le regardais en coin, tu l’observais, curieuse de savoir jusqu’où il irait. Qu’il était amusant de le voir sombrer sans que personne n’y soit pour quoique ce soit, il se pourrissait l’âme, seul. Tout seul. La solitude, en voilà une chose que tu pouvais bien craindre. En voilà, une chose, que t'as toujours terrifié. Que serais-tu seule ? Sans doute pas grand chose. Mais pour l'instant, tu souriais. Oui, tu trouvais cela divertissant, même si au bout du compte, tu étais bien la première à te jeter dans les bras de la mort. Mais il fallait souligner la différence entre toi et lui, toi tu le faisais par choix, tandis que lui, ce n’était rien de plus qu’une vulgaire punition pour sa propre existence. Et comment le savais-tu ? Il suffisait de plonger quelques secondes dans ce regard apeuré, désespéré et meurtri. De détailler ses traits tirés, son visage livide et ses prunelles noires. Il suffisait de constater la ruine. Oui, vos regards se sont croisés une demi seconde, et tu as décelé immédiatement cet accablement. Animal tourmenté. La description parfaite de cet être perdu. Tu aimerais connaître son secret, tu aimerais savoir pourquoi désirait-il cela ? Pourquoi le faisait-il ? Qu’y trouvait-il ? Tu voulais rencontrer les noirs démons qui s’emparaient de son petit cœur dès qu’il se laissait tomber dans les bras du monstre qu’est la drogue. Cette dernière, tu t’en contrefichais, toi, tu te contentais de quelques joints, mais jamais rien de très fort. Toi, tu voulais voir ces diablotins naitre au fond des prunelles de leurs victimes. Tu le fixais, blottie dans la foule d’un vendredi soir, dissimulée dans le flot de paroles inutiles. Sirotant silencieusement ta grenadine, comme une enfant convoitant son nouveau jouet, tu le regardais sortir avec difficulté, le sourire aux lèvres. Tu t’étais ennuyée toute la journée, heureusement la nuit apportait toujours son lot de cadeaux. Pour ta plus grande folie. Heureusement qu’elle était là pour t’accompagner, heureusement tu pouvais compter sur elle pour te soutenir. Ton guide : « Qui est ce jeune homme ? » demandais-tu à la serveuse au bar, elle-même s’empressant de rassasier ses clients assoiffés, elle regarda préoccupée dans la direction que tu lui indiquais, pour que finalement elle te réponde pressée : « Un mec qui travaille ici, il s’appelle Shane, Shane … Wheeler. » Disparaissant sous les demandes de nouveaux rafraichissements, tu t’échappais à ton tour, satisfaite.

Tu le suivis de loin, marchant assurément mais avec la discrétion de la panthère chasseresse. Le ciel noir, grisait d’une humeur macabre et imposait son chaos sombre et même les quelques lueurs de la lune ne parvenaient à soulever l’atmosphère morbide des rues pavées. Tu aimais cette atmosphère, tu aimais l’enveloppe lugubre que rependait la nuit autour des passants inquiets. Il était instable dans sa démarche, ce qu’il avait consommé l’empêchait de placer correctement un pas devant l’autre. Tu l’imaginais s’insinuer lentement dans son corps, s’emparer de son esprit. Tu aurais aimé provoquer les mêmes effets sur tes victimes. Etre aussi viscérale. Tu te rapprochais, ricanant lorsqu’il trébuchait maladroitement, espérant qu’il s’écroule rapidement dans un coin, que tu puisses jouer avec lui. Kazhan aurait trouvé ça marrant aussi. Ton fidèle, ton amour. Personne ne te le prendrait jamais. Tu tournais autour des réverbères lorsqu’il s’arrêtait, la tête en arrière, tu te marrais aux côtés de la lune. Il était inoffensif, il ne pourrait rien t’arriver. Petit oiseau. Il ne pourrait rien te faire. Tu n’avais besoin de personne. Tu n’avais besoin de secours de personne. Tu étais forte. Tu étais forte. Plus forte que ce qu’ils pouvaient bien tous voir et croire. Tu étais bien plus forte. Et alors que tu te convainquais toi-même de cette supercherie, ton regard s’assombrissait d’une réalité inavouable. Tu voulais simplement jouer avec quelque chose. Et il était là, comme servi sur un plateau d’argent. Offert gentiment par le destin. Un sacrifice nocturne désiré par la lune en personne. Tu souris, tu ris à nouveau. La mort la mort. Elle murmure à ton oreille : « Viens ». Tu viens. Alors qu’il tombe, qu’il tombe. Ou tu l’y obligerais. Tu le pousserais. De toute façon il finira dans la tombe. Il n’y avait aucune échappatoire. Aussi bien pour lui que pour toi.

Enfin tu sentis qu’il ne tenait plus, tu sentis son cœur s’alourdir, lui aussi savait, lui aussi sentait. Il transpirait l’accablement. Il se laissa porter par la noirceur d’une ruelle, et tu l’y suivis sans crainte. Qui avait-il à craindre dans le noir ? Le monstre aux dents pointues ? Etrangement, tu avais toujours été convaincu qu’il sommeillait plutôt dans ton cœur que dans un coin de ta chambre. Il y faisait plus sombre. Et tu te délectais de le savoir près de toi, chantonnant pour toi la mélodie des corbeaux. Le cadavre qu’il était se laissa glisser le long d’un mur et tu t’avanças vers lui, ronronnant de bonheur. Il était toujours là, était-ce son corps qui ne supportait plus ? Tes yeux pétillaient d’un désir inassouvi. Celui du sang : « Une âme perdue … ? » Un murmure au vent. Tel le fauve silencieux, tu te hissais à son niveau. Sauvage. C’était ça. Le bout de tes doigts frôlait délicatement sa peau. La délicatesse ah ! Quelle ironie, quel mensonge ; façade de douceur, façade enfantine ; masque cachant la fureur, masque cachant le visage dévoré par la rage. L’animal. Ton cœur rugissait, ton âme criait famine d’un nouveau crime. Faim, tu avais faim. Il te le fallait. Il te fallait son âme. Prendre sans retour. Mais avant, il te fallait te nourrir de son désespoir. Un sourire lacérait ta peau, et l’ombre du monstre se tenait derrière toi, souriant lui aussi, t’ordonnant de cesser l’essoufflement de son cœur.

Alors que tes doigts se baladaient curieusement, ils descendirent lentement en dessinant des tourbillons et enlacèrent le cou de ce drogué miteux. Tes griffes lacérèrent sa peau avant de resserrer leur étreinte. Sens les veines, sens son pouls, sens le sang qui ne comprend plus le sens de la circulation. Respires le sang. Tu ne lâches pas ses yeux vides, tu espères qu’ils se rempliront bientôt de crainte. Nourris toi. Ton autre main agrippes ses cheveux noirs, tu veux voir … Dans ses yeux … : « Alors … Shane … ? » Il devait crier, il devait se battre, il devait la frapper pour qu’elle arrête. Il devait se battre pour sa vie. La peur devait l’envahir sans pouvoir la quitter, la panique devait prendre possession de ses muscles, le forçant à des gestes inutiles. Tel un poisson hors de l’eau, dandinant vainement son corps humide. Le pathétique devait s’écrire en lettres de feu sur son front, le ridicule d’une mort sans importance devait le suivre dans la tombe. Etrangler. Mort, le souffle coupé. Et avant de quitter définitivement ton monde pour les abysses, tu l’éventerais sur le chemin des enfers.


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